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ESPAGNE


Magazine espagnol Fonorama n° 34 de novembre 1966.

Article et interview : Miguel Pons.

 

 

    

LE ROCK'N'ROLL, VAINCU PAR LE RHYTHM'N'BLUES.

 

Le glorieux Rock'n'Roll a résisté pendant de nombreuses années aux assauts plus ou moins commerciaux de nouveaux rythmes, tels que le Madison, le Hully Gully, le Twist et autres, en sortant victorieux. La contribution inestimable de Bill Haley, d'Elvis et des Beatles a fourni la sève nécessaire à sa préservation.

Mais ces artistes se sont progressivement éloignés du classicisme du rock pur, et peu à peu, une ancienne expression musicale, le Rhythm'n'Blues, a refait surface avec force. Il est curieux de constater que la cause de cette résurgence est en grande partie la jeunesse anglaise. Tout comme les Beatles ont déclenché la renaissance du « Roll Music », « Roll Over Beethoven », les Rolling Stones imitant Muddy Waters en reprenant « Pain in My Heart » de Redding, et les Who et les Moody Blues avec « Please, Please, Please » et « I'll Go Crazy » de James Brown, ont tous contribué à populariser et à revitaliser ce rhythm and blues, qui a triomphé de son ancien rival.

Le prochain concert de Bill Haley à Paris, avec l'occasion pour lui de reconquérir le terrain perdu, relève davantage de la curiosité que d'un véritable spectacle rock.

James Brown, Wilson Pickett et Otis Redding constituent l'avant-garde de ce genre.

Ses disques font désormais partie intégrante du répertoire de tout bon fan, et non plus un privilège. Les Beatles ont récemment déclaré que le dernier album de James Brown était leur album de référence. James Brown a triomphé à Paris cet été avec son « Steelshow » et Otis Redding vient de réitérer cet exploit, de manière encore plus spectaculaire.

Il convient également de noter que les nouvelles danses « Jerk », « Monkiss » et autres sont de légères variations du rhythm and blues, et que la force de ce genre, le fondement de son avenir, réside, comme son nom l'indique, dans une expression pure du blues, laissant une large place à l'improvisation, à l'émotion et à l'âme, le tout soutenu par un rythme entraînant, syncopé et pourtant implacable, celui d'un « mur de cuivre », ou d'un grand orchestre.

 

PREMIER RÉCITAL : « HAPPY BIRTHDAY » Olympia Paris le samedi 10 septembre 1966 en matinée à 16h30.

 

La première partie est de qualité médiocre, avec Les Bowlers, Régis Barly, Vigon et Les Lemons, imitateurs de Little Richard, Coco Briaval, quatre très jeunes jazzmen, âgés de 12,14, 16 et 18 ans, ce dernier étant espagnol, Diego, ont été une véritable révélation par leurs performances et leurs compositions. The Crews a fait sensation avec la mobilité presque dansante de leur chanteur noir. Puis, le « mur de cuivre » d'Otis Redding fait son apparition. Trois saxophones, deux trompettes, un trombone, deux guitares et une batterie, tous parfaitement alignés, jouent et dansent, participant activement au spectacle.

Ils sont présentés comme les meilleurs musiciens d'Amérique. Vêtu d'un costume « rouge brique », Otis Redding apparaît et l'enthousiasme explose et scellait le destin d'Otis Redding et de son formidable orchestre de Rhythm and Blues.

Sa mobilité désoriente les cameramen de la télévision française, qui le poursuivent frénétiquement.

D'une voix expressive et rauque, il nous offre « Shake », « Mr. Pitiful », « Good to Me », « I've Been Loving You too long » et « Satisfaction », entre autres, révélant l'immense potentiel de Redding comme compositeur, interprète et véritable homme de scène.

Son énergie débordante est maîtrisée et consciente. Point de folie, mais plutôt une expression libre et une improvisation parfaitement orchestrée. Le public exulte et réclame un rappel. Le présentateur HUBERT rappelle à tous qu'Otis avait fêté ses 25 ans la veille, et toute la salle entonne « Joyeux anniversaire », qu'il chante également avec son orchestre.

Parmi le public, Claude François semblait affaissé et réservé, de mauvaise humeur, car il croyait avoir un spectacle débordant d'énergie, de rythme et de danse, mais après avoir vu Otis Redding...

Sa prestation s'est conclue en apothéose / La consécration du rhythm and blues.
 

 

Programme de l'Olympia des 10 et 11 septembre 1966.

 

DEUXIÈME RÉCITAL : ENTHOUSIASME ET DÉLIRE.
Olympia Paris le dimanche 11 septembre
(en deuxième matinée, à 17h30).

 

Personnellement, je partage l'avis du grand Otis Redding mais c'est peut-être parce que nous le connaissions déjà, ce qui nous permettait d'apprécier plus facilement son talent. Un costume bleu vif, un gilet, et le même programme. Tout semblait se dérouler comme la veille, mais une atmosphère plus électrique était palpable. Le dernier musicien du « mur de cuivres » l'a sans doute remarqué lui aussi, car, posant son trombone, il s'est avancé de quelques pas et nous a offert une démonstration de danse, aux côtés de Redding, sur les accords de « Satisfaction » (une version qui surpasse de loin celle des Rolling Stones). Cela a encore galvanisé le public et peu après, dans un enthousiasme général, quelques personnes spontanées ont sauté – ou plutôt, grimpé – sur scène pour danser elles aussi.

Le public, qui avait trouvé une bonne assemblée cette fois-ci, se débrouillait très bien. Mais comme dans les arènes, le service de sécurité, hostile à la spontanéité, empêchait d'autres personnes de se joindre à eux. Quelques minutes plus tard, Otis accéléra le rythme, mettant fin à une situation qui commençait à devenir tendue. Le grand rideau se baissa, mais le public, mécontent, pressa les organisateurs de le relever à nouveau, permettant à Otis Redding de poursuivre son interprétation de « Satisfaction ». Et nous continuâmes à le voir plus en forme que jamais pendant un moment, jusqu'à ce qu'une nouvelle vague d'artistes improvisés, menée par une jolie blonde, envahisse à nouveau la scène.  Cette fois, le rideau est enfin tombé, concluant le grand spectacle qu'était Otis Redding et son formidable orchestre de Rhythm and Blues.

 

 

 

Nous sommes arrivés à l'heure au Grand Hôtel le dimanche 11 septembre pour notre rendez-vous, mais on nous a fait patienter ; Otis Redding dormait encore, ayant fêté son anniversaire au « Paris by Night ». Lorsqu'il nous a salués, il était encore au lit, en train de prendre son petit-déjeuner. Il était 14 h. Nous avons installé le magnétophone là où nous pouvions, afin de ne pas perturber le chaos ambiant, et avons commencé à recueillir ses impressions et ses réponses.

R : Je suis né le 9 septembre 1941 à Dawson, en Géorgie, et j'y ai vécu pendant ma jeunesse, mes études, puis à l'université, jusqu'à ce que je commence à faire de la musique.

Q : Votre physique (1,90 m et 90 kg) laisse penser que vous êtes sportif. C'est exact ?

R : Oui, j'ai pratiqué de nombreux sports à l'école : football américain, équitation, natation.

Q : Quelle a été votre première composition et comment est-elle née ?

R : C'était à Memphis, dans le Tennessee, lors d'une séance d'enregistrement avec Johnny Jenkins. Il m'a fallu 40 minutes pour composer « These Arms on Mine », ma première chanson.

Q : Comment avez-vous commencé à chanter ? Quand ?

R : En 1962, après « These Arms on Mine », je me suis consacré entièrement à la composition et au chant. J'étais musicien et j'ai joué avec Johnny Jenkins.

Q : De quels instruments jouiez-vous ?

R : Presque tous : guitare solo, basse, batterie, piano, orgue.

Q : Avez-vous appris à lire la musique ?

R : Non. Je joue uniquement à l'oreille. Je ne sais ni lire ni écrire la musique et je n'ai pas l'intention de le faire.

Q. Mais vous arrangez vos propres compositions ?

R. Oui, toujours à l’oreille, mais je m’en occupe moi-même. Mes musiciens apprennent aussi à l’oreille.

Q. Quelle est votre meilleure composition, selon vous ?

R. « I’ve Been Loving You too long ».

Q. Et votre plus grand succès ?

R : Mon plus grand succès a été « Mr. Pitiful » ; c'est bien aussi, ajoute-t-il avec un sourire bienveillant.

Q. Que pensez-vous du public français ?

R : J'ai beaucoup aimé ; c'est assez similaire au style américain. La légère différence perceptible tient peut-être au fait qu'ici, ils ne comprennent pas tout ce que je dis.

Q. Et les jeunes aux cheveux longs ?

R. Je suis tout à fait d'accord. Je ne vois pas pourquoi on devrait s'opposer au fait que les jeunes veuillent ou non avoir les cheveux longs, s'ils le souhaitent.

Q. Aimez-vous des jeunes chanteurs ou groupes ?

R. J'admire les Beatles et les Stones, entre autres, mais mon chanteur préféré est Bob Dylan.

Q. Donnez-moi un nom qui représente l'histoire du rock depuis ses débuts.

R. (Après une longue réflexion) ... Sam Cooke (décédé récemment).

Q. Connaissez-vous des chanteurs ou groupes espagnols ?

R. « Black is black », je sais qu'un groupe espagnol la chante, mais je ne sais pas lequel... (Je lui donne des détails sur Los Bravos, et il semble ravi.)

Q. Quelles sont les différences pour vous entre le jazz, le rock et le blues ?

R. Je préfère le rhythm and blues, c’est ce que je chante, car le jazz est avant tout de la musique, et je ne comprends pas, je ne peux pas saisir ce qu’une personne peut exprimer uniquement par la musique. Le rock, à de rares exceptions près…

Q : Et entre le blues et le rhythm and blues ?

R : Je peux chanter du blues avec ma seule guitare, mais mon énergie est bien mieux canalisée par l'accompagnement de mon orchestre. Les morceaux sont plus aboutis, et l'intensité des émotions est plus forte et plus rapide.

Q : Quels sont vos projets ?

R : Continuer à me produire sur scène. Je pars en Angleterre pour une tournée : Bristol, Manchester, Londres. Je chanterai au Carousel Club et puis……

Q. Es-tu déjà allé en Espagne ?

R. Pas encore, mais c'est un pays qui me plaît beaucoup ; Je nage pas mal, et je pense que l'Espagne me plaira encore plus.

Q : Qu'est-ce que tu t'attends à trouver en Espagne ?

R : Je sais que le temps est super, mais au Mexique, en Californie, dans toute cette région, il y a aussi beaucoup de soleil et de beau temps, de belles plages, alors je m'attends à voir en Espagne son côté typiquement européen, mais aussi joyeux et coloré, et ses belles corridas.

Q : Tu aimes ça ?

R : J'adore ça. Celles que j'ai vues au Mexique m'ont enthousiasmé, et c'est une des choses que je serai le plus heureux de découvrir. C'est un spectacle unique de par sa grandeur.

Q : Et après ces mots, nous disons au revoir à Otis et nous lui rappelons que la saison des corridas se termine bientôt s'il veut arriver à temps… Redding, non sans vous souhaiter un agréable séjour auparavant.

Article et interview : Miguel Pons.

 

     
 

Extraits du programme de l'Olympia des 10 et 11 septembre 1966.
 

 

 

JAPON

 MUSIC LIFE July1968

traductions japonais/anglais Tim Whalen
 

Otis Redding

 Otis Redding, the king of soul blues died in an airplane crash in December of last year. Otis had a wonderful voice, deep and rustic sounding, like the voice of an old man from the country. Most of his songs, from his debut song “These Arms of Mine” to his posthumously released “Dock of the Day”, were slow, difficult to sing songs. But Otis was able to make these songs his own and sing them beautifully. He had a voice that was hard to get into at first but after a few listens you found yourself madly in love with his songs. Although they all seemed to be slow tempo, his dynamic shouts really shook you. He had incredible vocal power. When he sang The Rolling Stones’ “Satisfaction” he gave it his own unique flavor and the song was completely reborn. Standard songs such as “My Girl” and “Your Precious Love” were also beautifully interpreted. Besides being famous as a singer, Otis was also well known as a songwriter. He composed the song “Respect” in collaboration with Aretha Franklin and also penned the Arthur Conley tune “Let’s Go Soul”. He also wrote many other slow R&B ballads and was active as a producer. What a shame to loose such an extraordinarily talented person so suddenly in such an unfortunate accident. Otis was truly unique. Let us all applaud his wonderful achievements.

 

Arthur Conley

Arthur Conley is well known for the song “Sweet Soul Music”. Although I only own three of his records, that’s about all that is available to fans here in Japan. However, with the passing away of Otis, I hope that Arthur receives more recognition as one of the top Atlantic style R&B singers. His voice is generally thought to be a little thin but that probably can’t be helped, as he’s not a big man. But as a soulful singer he has a wonderful voice, whether it be a slow tempo or fast tempo song. Just listen to “Whole Lotta Woman”. This song will totally excite you. Or the B-side of that record, ‘Love Comes and Goes’ or the tune ‘Let’s Go Steady’. Don’t these remind you a little of Otis? However it would be a mistake to want Arthur to sound like Otis. He has his own unique style and I’m sure he will continue to sing beautifully in the way that suits his voice. I would like to add these words to what surely is a bright future ahead for Arthur Conley: Move over Otis Redding!

 

 

      

promo - MUSIC LIFE - June 1968 & Sept 1968

 

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